Au sein de STRILAB, l'incubateur de guerre de la brigade des gardes royales (IB 1), Julius Lind a mis au point le RES (Rapid Evacuation Sling), un harnais léger intégré au gilet pare-balles destiné à rendre plus rapide et moins pénible l'évacuation d'un camarade blessé vers un abri. Lors des essais, le temps nécessaire à deux soldats pour mettre quelqu'un à l'abri a été pratiquement réduit de moitié.
Le RES, ou « la sangle », est l'un des projets de STRILAB, que NDS a visité lors d'un exercice de terrain au printemps dernier. Il a été conçu par Julius Lind, qui étudie l'ingénierie mécanique à l'université de Lund et est soldat employé à temps partiel au sein de la brigade des gardes royales. Il a effectué son service militaire au régiment du génie de Göta (Ing 2), puis a servi au sein du régiment amphibie d'Älvsborg (Amf 4) à Göteborg (ouest de la Suède).
À Lund, il s'est retrouvé dans la même classe que Fabian Duke, l'un des fondateurs de STRILAB, et s'est inscrit au programme estival de cinq semaines. Son groupe se consacrait aux produits physiques et devait choisir entre deux orientations : une contre-mesure anti-drones ou une solution visant à renforcer la valeur opérationnelle du soldat. Julius voulait travailler sur quelque chose de proche du terrain. L'idée de la sangle est née d'une conversation avec Duke sur la manière d'évacuer les blessés, où ils en sont venus à l'idée qu'il devrait exister une sorte de harnais, quelque chose que l'on pourrait simplement fixer sur quelqu'un.
« Cela a semé une graine, et je n'ai pas pu m'empêcher d'y penser », raconte Julius Lind.
Il a alors commencé à interroger des infirmiers militaires et à se renseigner auprès de différentes écoles de santé.
« C'est là que j'ai compris qu'il s'agissait probablement d'un vrai problème à résoudre, et pas seulement du fait que nous, soldats, trouvions pénible de traîner quelqu'un. »
Le point de départ, c'est le poids. Un soldat peut porter jusqu'à 120 kilos d'équipement, et traîner quelqu'un en terrain accidenté est extrêmement lourd, en particulier avec les branches et autres éléments qui augmentent la friction.
« On n'a plus la force de tirer soi-même, ou alors on est complètement épuisé une fois qu'on l'a fait, et cela prend trop de temps », explique Julius Lind.
Aujourd'hui, on tire le blessé par les bretelles du gilet pare-balles, ou par l'uniforme, ce qui est à la fois pénible et lent.
La sangle se compose de deux lanières fixées aux bretelles du gilet pare-balles et dissimulées dans la nuque. L'idée est qu'elle soit montée une fois pour toutes, puis oubliée, afin d'être disponible en cas de besoin. Lorsqu'on tire dessus, elle se déploie en une boucle permettant de traîner le blessé, de le porter comme un sac à dos, ou de la passer à travers les bras ou les jambes. Passée à travers les jambes, elle permet à deux soldats de soulever le corps entier, par exemple pour le charger dans un véhicule. L'objectif, selon Julius Lind, est de réduire le temps nécessaire pour atteindre un abri et de préserver la valeur opérationnelle des soldats.
« Afin qu'ils restent en état de combattre après avoir mis leur camarade blessé à l'abri. »
Pendant une semaine, le projet a eu accès à un peloton test, où des soldats se sont entraînés à se traîner mutuellement sur de courtes distances, avec et sans la sangle. Les résultats ont été probants, indique Julius Lind : le temps nécessaire pour mettre quelqu'un à l'abri a nettement diminué, et pour deux personnes, il a été pratiquement réduit de moitié. Les soldats ont également jugé leur propre valeur opérationnelle nettement supérieure avec la sangle. Plus la distance est longue, plus le gain est important : le gain de temps augmente avec la distance, tandis que l'endurance de celui qui tire diminue rapidement sans la sangle.
Grâce à l'accès au peloton test, les itérations ont pu s'enchaîner rapidement. Ils testaient des prototypes le lundi, en cousaient de nouveaux le mardi, et retestaient le lendemain. Les retours indiquaient souvent que les soldats souhaitaient une sangle plus longue, et qu'il faudrait plusieurs boucles afin de pouvoir choisir sa propre longueur.
Julius Lind n'avait aucune expérience préalable du travail du textile, hormis les cours de couture pendant son service militaire. La première semaine du programme était consacrée à une formation en développement de produits et en entrepreneuriat, et ce qu'il en retient surtout, c'est l'importance d'être son propre critique le plus sévère.
« On tombe très facilement amoureux de ce qu'on a créé, cela devient comme son propre bébé », dit-il. « Mais si quelqu'un dit qu'il ne l'utilisera pas, alors il ne l'utilisera pas, et ce sont eux qui sont censés utiliser le produit. »
Une idée à laquelle il a dû renoncer était celle d'un brancard modulaire qui aurait pu être assemblé sur le terrain.
« Après quelques critiques, j'ai compris que ce ne serait pas réalisable, et que la réponse à la question de savoir si cela fonctionnerait mieux que ce que nous avons déjà était probablement non. »
Le groupe poursuit le développement de ses produits à temps partiel. Pour la sangle, la question de la fabrication est tranchée : elle sera confiée à un fabricant externe plutôt que cousue en interne. La prochaine étape consiste à produire des prototypes qui seront testés à l'automne au sein d'un peloton et à l'école de santé militaire des gardes royales, et l'objectif pour le printemps est qu'une compagnie entière la porte et la teste.
« Et quelque part, créer un besoin venu de l'intérieur, où les gens la voient et se disent qu'ils doivent absolument l'avoir pour leur peloton », explique Julius Lind.
Ce qui prend le plus de temps aujourd'hui, ce n'est pas le produit lui-même mais le chemin vers l'organisation, précise-t-il.
« Le plus difficile n'est pas de construire quelque chose qui fonctionne, c'est l'étape suivante. Nous pouvons démontrer que la sangle réduit le temps nécessaire pour atteindre un abri, mais il n'existe pas de voie évidente entre un prototype fonctionnel et un produit qu'une unité peut réellement commander. Qui est l'acheteur, et qui détient la ligne budgétaire, reste une question ouverte. C'est la question à laquelle nous consacrons le plus de temps actuellement. »
Il estime le prix unitaire entre 300 et 500 couronnes suédoises, matériel, production et main-d'œuvre inclus. Le maintenir bas est en soi un objectif.
« Les soins médicaux, ce n'est pas très séduisant, en tout cas pas dans un contexte d'exercice. Mon ambition est d'apporter plus de soins médicaux pour le fardeau le plus léger possible pour le soldat », dit-il.
Julius et son groupe ont déjà collaboré avec Snigel et reçu des tissus en don. Le groupe a évoqué la création d'une société sans toutefois la constituer, l'idée étant de tout mener eux-mêmes autant que possible. Lind n'a pas déposé de brevet, car le design pourrait être différent d'ici six mois, mais il envisage la question comme pertinente.
Un objectif est de faire tester la sangle en conditions réelles.
« On nous a posé la question à plusieurs reprises. Quelqu'un est même venu nous demander combien il pouvait en obtenir immédiatement, mais à ce moment-là nous n'avions qu'un prototype », raconte Julius Lind. « Une fois que nous aurons des prototypes, nous discuterons du nombre que nous pourrons nous permettre de faire don à l'Ukraine afin d'obtenir de vrais retours de terrain. »

