La coopération civilo-militaire est essentielle à la gestion des crises. Elle crée les conditions permettant à un État de coordonner ses capacités afin de faire face efficacement aux catastrophes, d'apporter un soutien à la société civile, mais aussi de dissuader un adversaire de tenter de provoquer des troubles civils ou militaires. Elle constitue également un cadre de planification et de préparation dans l'éventualité où l'État se retrouverait en situation de guerre.
Les conflits engendrent des défis sociétaux complexes, qui s'étendent souvent bien au-delà du champ de bataille. Même lorsqu'ils se produisent dans la région ou dans des pays voisins, ils viennent déstabiliser la stabilité, notamment par le biais de flux de réfugiés. Ils affectent entre autres l'économie, les infrastructures et provoquent des perturbations sociales. Des efforts conjoints menés dans de nombreux secteurs de la société et entre différents pays permettent de se préparer à ces défis. Cela renforce la confiance et la résilience, tout en prévenant la propagation des phénomènes inverses.
L'adhésion à l'OTAN est souvent décrite comme une « approche globale de la société » (whole-of-society approach), autrement dit : c'est la Suède qui a rejoint l'OTAN, et pas seulement les Forces armées suédoises (Försvarsmakten). Cela est particulièrement pertinent dans le cadre de la gestion de flux importants de patients alliés, en provenance par exemple de Finlande et des États baltes, qui devraient pouvoir transiter par la Suède en direction de l'ouest de l'Europe. Cela implique aussi bien les autorités sectorielles et régionales que les secteurs économiques privés.
Dans le cadre de ces travaux, la Suède a joué un rôle actif dans l'exercice OTAN Casualty Move (CAMO) 2024, un exercice d'état-major basé sur des scénarios, qui s'est déroulé à l'installation d'entraînement au commandement du Régiment de commandement (Ledningsregementet) à Enköping (centre de la Suède), du 9 au 13 septembre 2024. Bien que les Forces armées suédoises aient été l'hôte de l'exercice, celui-ci a été planifié et conduit par le Centre multinational de coordination médicale – Europe (Multinational Medical Coordination Centre – Europe, MMCC-E). L'exercice a réuni 100 participants ainsi qu'une direction d'exercice composée de 50 personnes supplémentaires.
Des participants issus de 16 nations ont formé des cellules civilo-militaires nationales afin de relever les défis présentés sous forme de « cartes de jeu ». Les solutions résidaient le plus souvent dans l'inventaire des processus et des capacités disponibles, qu'ils soient militaires ou civils, ou dans le rapprochement avec les pays voisins. Les structures supranationales de l'UE et intergouvernementales de l'OTAN ont progressivement servi de cadre pour développer l'interopérabilité civilo-militaire.
CAMO n'est pas un événement isolé, mais une série d'exercices lancée en 2020 en Allemagne. La Hongrie, l'Estonie et la Suède ont ensuite accueilli l'exercice, et l'édition de l'année prochaine se tiendra de nouveau en Allemagne. En avril 2024, l'OTAN a signé le « Patient Flow Management Guideline » (Directive de gestion des flux de patients), qui décrit ce que l'on souhaite atteindre. La série d'exercices vise à développer les connaissances, l'expérience et la prise de conscience quant à la manière de progresser ensemble avec les pays membres, l'UE et d'autres organisations.
La cellule nationale suédoise lors de CAMO24 comprenait des représentants des Forces armées suédoises (Direction du médecin général, Commandement des opérations et État-major général de la Garde nationale, Rikshemvärnsstaben). S'y ajoutaient des représentants civils de l'Agence de protection civile et de préparation (Myndigheten för Samhällsskydd och beredskap, MSB), du Conseil national de la santé et du bien-être (Socialstyrelsen, SoS) et du Centre de médecine de catastrophe. Ces acteurs disposent d'une expérience dans l'évacuation de patients ukrainiens vers des établissements de soins au sein de l'UE, notamment par le biais du groupe nordique du Svalbard.
La Suède étant pays hôte de l'exercice CAMO24, l'occasion s'est présentée d'en tirer un bénéfice supplémentaire. Sous la direction de la MSB, en collaboration avec le SoS et les Forces armées suédoises, un exercice parallèle a été planifié sur le même site : le Séminaire national d'exercice (Nationell Seminarieövning, NSÖ). Cet exercice a réuni 60 participants suédois issus des autorités sectorielles responsables, des régions, des conseils de comté avec leurs zones civiles et des régions militaires. Cela a été rendu possible grâce aux solides relations établies entre les autorités ainsi qu'à de nombreuses initiatives individuelles.
Le NSÖ a apporté un soutien à la cellule suédoise dans le cadre de CAMO24, mais avait également pour mission d'identifier les domaines de développement pour la gestion des flux de patients nationaux et internationaux. Lors des préparatifs, la France a également jugé cette approche pertinente et a réuni de la même manière des participants supplémentaires connectés depuis Paris.
L'exercice a fourni des pistes pour la planification future de la défense, notamment en matière de cadre juridique et d'accès au territoire. Il a également permis de dresser un inventaire des capacités nécessaires pour l'avenir. Les principes de commandement, le besoin de redondance infrastructurelle, la protection ainsi que les effets d'éviction ont également été mis en lumière.
Une première évaluation de l'exercice a notamment permis de constater qu'il est nécessaire d'approfondir et d'élargir les connaissances sur la coopération civilo-militaire propre à chaque pays et sur les systèmes nationaux respectifs. Cela vaut également pour le fonctionnement de l'OTAN et de l'UE au sein de leurs organisations respectives. L'exercice a également été reconnu comme un forum efficace pour le réseautage, l'apprentissage et la planification, tant au sein des pays qu'entre eux. Il constitue un gage de confiance et de fiabilité pour les coopérations futures.

