Le 8 janvier 2023, le Premier ministre Ulf Kristersson a prononcé un discours lors de la conférence annuelle de Folk och försvar (Peuple et Défense) à Sälen (centre de la Suède). Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du discours du Premier ministre, tel que publié sur le site du gouvernement suédois.

Seule la parole prononcée fait foi.

Vos Majestés, Son Altesse Royale, Mesdames et Messieurs, soldats et marins.

Je vais parler du rôle de la Suède au sein de l'OTAN – mais d'abord quelques mots sur la situation actuelle :

L'Europe et la Suède vivent dans une réalité nouvelle et dangereuse. Nous sommes confrontés aux épreuves les plus importantes en matière de défense, de politique étrangère et de sécurité depuis la Seconde Guerre mondiale. L'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie entraîne une dégradation dramatique et durable de la situation sécuritaire, tant en Europe qu'à l'échelle mondiale.

Pour la Suède, cette guerre a conduit à un changement de paradigme politique. Notre politique de sécurité globale sera désormais marquée par un réalisme accru. L'adhésion à l'OTAN et un réarmement substantiel des forces armées suédoises sont une conséquence immédiate de cette prise de conscience. La nouvelle politique sera caractérisée par une défense claire des intérêts nationaux suédois.

La guerre en Ukraine se déroule sur deux fronts : une guerre défensive ukrainienne contre l'agression et l'occupation russes, et une guerre d'usure russe contre la volonté de résistance de l'Ukraine, et surtout contre l'unité de l'Occident. Tout indique que nous devons nous préparer à une guerre longue. Les objectifs stratégiques de la Russie demeurent inchangés, tout comme le combat légitime de l'Ukraine pour sa liberté. Mais c'est l'Ukraine qui a le droit de son côté.

La guerre de la Russie contre l'Ukraine a conduit l'Union européenne et l'OTAN à faire preuve d'une unité, d'une détermination et d'une solidarité qui n'allaient pas de soi. La veille de l'invasion – le 23 février – je me trouvais à Talludden, à Helsinki (capitale de la Finlande), où je me suis entretenu avec le président finlandais Sauli Niinistö. La guerre n'avait pas encore éclaté, mais nous percevions tous deux les risques évidents. Et que la guerre pourrait conduire à des divisions – en Europe et entre l'Europe et les États-Unis. La guerre a éclaté. Mais c'est un formidable témoignage de force que les démocraties occidentales aient jusqu'à présent tenu ensemble. C'est notamment une confirmation du rôle de politique étrangère de l'UE. Lorsque l'UE a vraiment été mise à l'épreuve, elle a réussi l'examen.

Poutine serait convaincu que le temps joue en faveur de la Russie. Notre principale contribution à la paix est de démontrer par les actes que le temps joue au contraire en faveur de l'Ukraine. La Suède et nos alliés doivent poursuivre le soutien économique et militaire substantiel à l'Ukraine, continuer à préserver la cohésion européenne et transatlantique, et continuer à accroître la pression sur la Russie.

Avant-hier, je me suis à nouveau entretenu avec le président Zelensky. En tant que Premier ministre suédois, mais cette fois également en tant que pays assurant la présidence de l'UE. J'ai souligné que nous avons un agenda chargé au sein de l'UE – mais aussi qu'aucune autre tâche n'est plus importante pour nous que de maintenir l'unité, d'accroître le soutien à l'Ukraine et d'augmenter la pression sur la Russie. J'ai également confirmé que le dernier paquet d'aide militaire suédois – qui était plus important que les huit précédents réunis – sera suivi prochainement d'autres mesures tout aussi décisives.

Venons-en maintenant au rôle de la Suède au sein de l'OTAN.

L'ensemble des responsabilités de l'OTAN est également la responsabilité de la Suède. Nous devons être un membre fiable, loyal et engagé sur le long terme. À l'instar de la Norvège et du Danemark en leur temps, la Suède rejoint l'OTAN sans réserves formelles. Mais nous ne considérons pas davantage que les autres pays nordiques qu'il soit d'actualité d'accueillir des armes nucléaires sur notre propre territoire en temps de paix.

Par ailleurs, nous apportons à l'OTAN six atouts qui constitueront des piliers essentiels de notre adhésion.

Le premier atout est géographique. L'adhésion de la Suède apporte un espace aérien et maritime de 1 600 kilomètres s'étendant de l'Arctique au sud de la mer Baltique. La Suède possède le littoral le plus long de la mer Baltique et des ports importants sur la mer du Nord. La Suède est le lien qui relie les pays membres orientaux de l'OTAN à l'Atlantique. Pour la première fois depuis 500 ans, les pays nordiques forment une seule et même zone de défense, font partie de la même alliance défensive et bénéficient d'une profondeur stratégique pour des forces combinées.

L'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'OTAN renforce l'Alliance et accroît notre sécurité collective. Les ressources navales de la Suède et sa forte présence dans les airs nous permettent d'assumer une grande responsabilité dans l'ensemble de la région baltique.

Le deuxième atout est la capacité de défense suédoise. La Suède est un pays de haute technologie et nous devons disposer d'une défense de haute technologie. Nous avons une force aérienne puissante reposant sur un système Gripen (JAS 39 Gripen) éprouvé et bien armé. Nous disposons d'une flotte de sous-marins très avancée, d'une capacité de surveillance sophistiquée tant au-dessus que sur la mer. Nous avons un service de renseignement reconnu internationalement et techniquement performant – ainsi que des forces spéciales dotées d'une expérience opérationnelle internationale. L'armée de terre s'organise à nouveau autour de brigades équipées et entraînées pour combattre avec des armes combinées.

La Suède renforce rapidement sa défense. Nos dépenses de défense atteindront au plus tard en 2026 la norme OTAN de 2 % du PIB. La qualité et la disponibilité augmentent. La défense aérienne est renforcée par le système Patriot. Les Forces armées suédoises (Försvarsmakten) disposent d'un personnel permanent compétent – tant militaire que civil. Nous avons des conscrits de la plus haute qualité, une garde nationale qualifiée (Hemvärnet) et un large engagement populaire au sein des organisations de défense volontaires.

La défense civile doit se développer au même rythme que la défense militaire – à la fois pour protéger la population civile et pour soutenir la défense militaire. C'est pourquoi j'ai, pour la première fois au sein de mon gouvernement, nommé un ministre spécifiquement chargé de cette responsabilité. Et j'ai longtemps été personnellement un fervent partisan d'une obligation de défense totale (totalförsvarsplikt) élargie.

Le troisième atout est notre économie. L'économie nordique combinée est comparable en taille à celle de la Russie – mais bien plus sophistiquée. Notre tissu industriel est technologiquement avancé, avec de nombreuses entreprises mondiales. Nous sommes une partie intégrante du commerce mondial. La région nordique se classe au premier rang en matière de liberté d'entreprise, de formation de capital, d'innovation et de compétitivité. La base industrielle est solide. La Suède abrite de grandes entreprises, le plus grand port et le plus grand marché financier du nord de l'Europe. C'est un atout directement lié à notre puissance de défense.

Le quatrième atout est l'industrie de défense suédoise. Continuer à développer des technologies de défense est indispensable pour construire une défense collective plus forte du monde libre. L'industrie de défense suédoise est une composante indispensable de notre engagement au sein de l'OTAN. Les nouvelles menaces doivent être contrées par le développement et l'application de nouvelles technologies. Grâce à l'adhésion à l'OTAN, les produits développés par le secteur privé et en particulier par l'industrie de défense suédoise renforceront l'ensemble de l'Alliance. Vous qui travaillez chez Saab et dans d'autres entreprises de défense suédoises devez être fiers de ce que vous faites. Cela doit être dit clairement.

De même que la Suède dépend du monde extérieur, notre expertise, notre capacité et surtout nos exportations constituent des éléments essentiels des chaînes de valeur qui permettent à nos partenaires et futurs alliés de développer leurs capacités militaires. Nous devons contribuer à ce que l'UE comme l'OTAN puissent continuer à développer ensemble une industrie de défense de pointe pour faire face aux menaces d'aujourd'hui et de demain.

Le cinquième atout est nos valeurs. La Suède et les pays nordiques sont marqués par de fortes valeurs libérales et individualistes. La liberté, la justice et la démocratie font partie de notre ADN. Nous sommes prêts à défendre ces valeurs aux côtés de nos alliés de l'OTAN.

Une autre valeur forte est l'internationalisme et l'engagement en faveur de la paix, de la justice et de la sécurité mondiale. Nous l'avons démontré depuis longtemps à travers des opérations militaires internationales, mais aussi par notre engagement en faveur des libertés et droits universels, de l'aide au développement et du libre-échange. Les valeurs suédoises sont dans une large mesure les valeurs de l'OTAN.

La longue tradition de volonté de défense est également une valeur forte. Nous avons eu notre propre flotte pendant un demi-millénaire. La force aérienne suédoise était, dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, parmi les plus puissantes du monde entier. Il n'y a pas si longtemps, nous pouvions mobiliser 800 000 hommes. La Suède prend à nouveau la défense très au sérieux.

Le sixième atout est notre unité nationale. L'adhésion de la Suède à l'OTAN bénéficie d'un soutien très large au Parlement (Riksdag). Le gouvernement précédent a construit des alliances avec des pays partageant les mêmes vues, notamment avec la Finlande, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Après l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, les sociaux-démocrates se sont également prononcés au printemps en faveur de l'OTAN, sous la direction de ma prédécesseure Magdalena Andersson. J'apprécie cette unité. Il est remarquable de savoir changer d'avis et, dans une nouvelle situation, de placer les intérêts du pays en premier.

Le nouveau gouvernement mène à bien ce processus commun. Nous le faisons avec un fort soutien de l'opinion publique et un soutien très solide au sein de la communauté OTAN. 28 des 30 pays nous ont déjà accordé le statut de membre. Et la question la plus fréquente que me posent les autres chefs de gouvernement lors des sommets de l'UE est la suivante : que pouvons-nous faire pour vous aider ?

Le rôle plus détaillé de la Suède au sein de l'OTAN sera déterminé par la planification commune à venir. En tant que membre de l'Alliance, la Suède contribuera solidairement, dans la durée et dans une perspective « à 360 degrés » – comme on dit dans le langage de l'OTAN – à la planification, aux exercices, aux opérations et aux missions de l'Alliance.

Mais je souhaite d'ores et déjà souligner quelques mesures concrètes qui sont une conséquence naturelle de l'adhésion suédoise et qui, j'en suis convaincu, recueillent également un large soutien :

- Premièrement, la Suède rejoindra l'initiative des 15 pays en faveur d'un système commun de défense antimissile, lancée lors de la réunion des ministres de la Défense de l'OTAN en octobre. Elle s'appelle « European Sky Shield Initiative » (Initiative européenne de bouclier aérien). La guerre en Ukraine montre à quel point il est important de disposer d'une défense aérienne moderne pour protéger la population civile et les infrastructures. La Suède contribuera avec de nouvelles capacités, avec sa force aérienne, sa défense aérienne et ses capteurs tels que le Global Eye. Sur terre, en mer et dans les airs, nous disposons d'une très bonne image de la situation dans notre voisinage immédiat.

- Deuxièmement, la Suède a l'intention de contribuer avec des avions Gripen à la permanence opérationnelle pour l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, dans le cadre de la mission de police aérienne de la Baltique de l'OTAN (NATO Baltic Air Policing). Nous sommes également prêts à contribuer à la mission de police aérienne de l'OTAN en mer Noire et en Islande. Ce sont des engagements communs à tous les membres.

- Troisièmement, la Suède – tout comme la Norvège, le Danemark et un certain nombre d'autres pays membres de l'OTAN – est prête à contribuer avec des forces terrestres à la défense de l'OTAN, en particulier des États baltes. Sous la direction du Royaume-Uni, du Canada, de l'Allemagne et des États-Unis, l'OTAN a renforcé dès 2017 les pays baltes et la Pologne. Après l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, la même chose a été faite en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie. Cet engagement témoigne de la détermination de