Le vice-amiral Jonas Haggren est le représentant militaire de la Suède auprès de l'OTAN et de l'Union européenne. Il a notamment été commandant de la flottille de sous-marins ainsi que chef de l'état-major de commandement au Grand Quartier général des Forces armées suédoises (Högkvarteret). Dans FSN Perspektiv, il partage ses réflexions personnelles sur l'année écoulée et se tourne vers l'avenir, en évoquant le chemin de la Suède vers l'adhésion à l'OTAN.

Nous laissons maintenant 2023 derrière nous, une année intense au cours de laquelle plusieurs guerres et conflits ont malheureusement été et restent au centre de l'attention. Je souhaiterais pouvoir dire que 2024 sera l'année où tout va changer, mais si ces dernières années nous ont appris quelque chose, c'est que ce que nous considérions comme le pire scénario possible dans une évolution des événements est malheureusement devenu réalité. Je pense avant tout à la guerre qui se poursuit en Ukraine et au Moyen-Orient. En 2024, diverses élections auront également lieu, ce qui engendre une grande incertitude pour l'avenir, notamment l'élection présidentielle aux États-Unis.

De quelque chose de sombre et de tragique émerge néanmoins quelque chose de positif: l'unité et la force que la Suède a démontrées aux côtés d'autres nations. Cette unité a également conduit à la demande d'adhésion de la Suède à l'OTAN. C'est un événement historique que la Suède, qui a défendu sa non-appartenance à toute alliance pendant plusieurs centaines d'années, choisisse désormais de rejoindre une alliance. Lorsque je réfléchis aux raisons de cette demande, je ressens à la fois tristesse et colère, mais c'est la voie que nous devons emprunter.

Je dois être tout à fait honnête: je ne pensais pas vivre, au cours de ma carrière militaire, une demande d'adhésion suédoise à l'OTAN. Pendant de nombreuses années, c'était une question qui ne se posait pas. Au sein des Forces armées suédoises (Försvarsmakten), nous avons cependant soutenu pendant de nombreuses années que la situation sécuritaire dans notre environnement était incertaine et que des dégradations pouvaient survenir rapidement, ce dont nous avons dû tenir compte en ce qui concerne nos propres capacités militaires. Nous avons donc adopté une façon de penser selon laquelle nous devons être prêts à tout, mais je n'envisageais pas alors une guerre en Europe ni une adhésion à l'OTAN.

À propos de l'adhésion à l'OTAN: la Suède deviendra-t-elle membre de l'alliance, pourquoi cela tarde-t-il, avons-nous trop peu à offrir sur le plan militaire, ne pourrions-nous pas simplement rester un partenaire comme auparavant, et pourquoi moi et la délégation auprès de l'OTAN sommes-nous à Bruxelles si nous ne sommes pas membres? Ce sont des questions que l'on me pose souvent. Je peux comprendre ces interrogations: il s'est en effet écoulé bien plus d'un an depuis que la Suède a déposé sa demande d'adhésion, et je m'attendais moi-même à ce que mon travail en tant que représentant militaire de la Suède auprès de l'OTAN et de l'UE à Bruxelles se déroule sous la bannière de l'OTAN.

Pour moi, il est cependant facile de répondre à ces questions. L'adhésion elle-même est un processus politique qui doit suivre son cours. Notre position géographique et nos connaissances dans les domaines terrestre, aérien et maritime dans notre région sont, j'ose l'affirmer, uniques. En ce qui concerne notre contribution d'un point de vue militaire, nous avons beaucoup à apporter. Avant même la guerre en Europe, les Forces armées suédoises avaient entamé ce que nous appelons notre phase de croissance, dont la mission était et reste d'accroître nos capacités militaires. Ce travail déjà engagé nous sera utile au sein de l'alliance. Nous disposons d'une planification de défense bien rodée qui peut être intégrée relativement facilement dans la planification de défense de l'OTAN.

Nous avons également beaucoup progressé dans le développement de notre Défense totale (Totalförsvar), concept qui suscite un grand intérêt de la part d'autres pays de l'alliance souhaitant entreprendre un développement similaire à celui de la Suède.

Dans l'ensemble de ce processus de croissance et de développement, nous devons toutefois garder à l'esprit que nous sommes partis d'un niveau relativement bas, après une période de plusieurs années de réduction des capacités tant de la défense que de la défense totale. Malgré cela, mon opinion est que nous disposons de capacités sur lesquelles il faut compter. La contribution la plus importante est, j'en suis convaincu, notre personnel compétent et loyal.

La délégation auprès de l'OTAN à Bruxelles joue un rôle important dans la relation entre la Suède et l'OTAN depuis la fin des années 1990. Le travail au sein de cette délégation s'est naturellement intensifié depuis notre demande d'adhésion. La délégation comprend un département politique, un département défense et un département militaire, placés sous la direction de l'ambassadeur suédois. Ensemble, nous façonnons et gérons la position suédoise sur les questions que l'OTAN examine avant les décisions prises par l'alliance. Mon rôle est de faire valoir la perspective et la logique militaires dans ces questions. Pour l'instant, nous ne participons pas encore aux prises de décision, mais il me semble important que nous prenions dès à présent notre place et soyons actifs sur toutes les questions. J'ai le sentiment que nos points de vue sont pris très au sérieux, ce qui est également le résultat de notre longue coopération.

J'ai commencé par mentionner quelques mots sur les conflits en cours. Je souhaite également conclure par quelques réflexions sur la situation sécuritaire.

Malgré nos efforts et ceux de l'ensemble du monde occidental pour créer stabilité et sécurité, l'évolution de la situation reste préoccupante. Il est facile de sombrer dans le découragement et de considérer que tous nos efforts pour trouver des solutions durables aux conflits ont été vains, et d'abandonner ainsi toute aspiration à aller de l'avant. Pour moi, il est essentiel que nous ne nous laissions pas enfermer dans le pessimisme et que nous ne perdions pas confiance en ce que nous faisons. Aussi désespérée que la situation puisse paraître, je considère qu'il est plus important que jamais que nous poursuivions, avec l'OTAN et d'autres partenaires, notre travail commun. Nous ne devons jamais perdre confiance ni espoir en ce que nous faisons. La Suède et l'OTAN sont toutes deux devenues plus fortes que jamais. Nous partageons une responsabilité commune, et nous devons être à la hauteur de celle-ci.

Vice-amiral Jonas Haggren