Patrik Thunholm est policier, officier de réserve et auteur. Il a précédemment travaillé comme analyste à l'Agence suédoise de recherche pour la défense (FOI, Totalförsvarets forskningsinstitut) et a été chef de formation lors de la mission de l'UE au Mali. Dans FSN Perspektiv, il décrit un scénario futur où la désinformation et les attaques de drones créent le chaos en Suède et pèsent sur les ressources de la police.

La sécurité intérieure de la Suède est gravement menacée et le pays se trouve au bord de la guerre. Une explosion de faux messages en ligne a polarisé la population et suscité de vives tensions. La désinformation a provoqué des émeutes violentes et une augmentation drastique des fausses alertes, ce qui alourdit encore davantage la charge pesant sur la police. Parallèlement, des actes de sabotage visent les installations hydrauliques, les centrales électriques et d'autres infrastructures critiques au moyen d'essaims de drones. Ces attaques ont engendré de graves perturbations et des dommages considérables, accentuant l'inquiétude des citoyens. La crise est aggravée par une vaste cyberattaque qui paralyse les systèmes de paiement, la téléphonie mobile et les transports, entraînant chaos et désarroi. Les citoyens commencent à douter de la capacité de la société à gérer la crise, et nombreux sont ceux qui envisagent de quitter le pays.

Ce scénario ne relève pas seulement de la dystopie, il reflète des risques bien réels. Un acteur hostile peut recourir à la désinformation, aux attaques de drones, aux fausses alertes et aux cyberattaques pour provoquer une crise sociétale. Une puissance étrangère pourrait orchestrer de telles activités comme prélude à une agression armée.

Pour ces acteurs, le coût de l'engagement serait faible, tandis que l'effet potentiel serait considérable. Ces actions pourraient en outre être menées avec un haut degré de déni plausible, sans qu'il soit nécessaire de fouler physiquement le sol suédois. La stratégie russe d'exercice du pouvoir illustre clairement cette approche, en mettant l'accent sur des mesures non militaires telles que la guerre de l'information, la pression économique, la diplomatie et les cyberattaques. Ces mesures visent à créer de l'instabilité et de la confusion, ce qui peut ouvrir la voie à des moyens militaires si cela s'avère nécessaire pour atteindre des objectifs stratégiques. Les activités hybrides de cette nature soulignent la nécessité de mesures robustes pour protéger les infrastructures critiques et garantir que la Police nationale (Polismyndigheten), entre autres, dispose de la capacité nécessaire pour faire face à de telles menaces.

Pour contrer la désinformation et les émeutes, une coopération étroite avec les communautés locales et une analyse continue de l'environnement extérieur sont indispensables de la part de la police. La société multiculturelle, avec ses nombreuses diasporas, exige une approche à double orientation englobant à la fois les questions intérieures et extérieures. Cela est apparu clairement à travers des incidents tels que les brûlages de Corans et les campagnes d'influence ciblant les services sociaux suédois (LVU). Pour garantir les ressources nécessaires à des interventions efficaces et durables, la coopération entre acteurs publics, privés et associatifs pourrait s'avérer déterminante. La résilience de la société dépend de la capacité de ces acteurs à collaborer pour diffuser des contre-récits adaptés aux différents publics, susceptibles d'agir de manière préventive.

La menace des drones est déjà une réalité qui exige des mesures immédiates. Cela est apparu clairement peu avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, lorsque de grands drones ont survolé des centrales nucléaires suédoises. Pour faire face à ce type de menace aérienne, il est nécessaire de développer des technologies capables de brouiller les signaux des drones et de former le personnel à la gestion des incidents impliquant des drones. Il importe d'investir dans de nouvelles technologies de détection et de neutralisation des drones, ainsi que dans des stratégies visant à protéger les infrastructures critiques contre d'éventuelles attaques par drones. La coopération entre les autorités, les instituts de recherche et les acteurs privés sera ici déterminante pour développer une capacité de défense robuste et collective face à ces menaces.

Les fausses alertes et les cyberattaques rappellent fortement ce que nous avons pu observer lors de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022. Cette invasion a débuté par des cyberattaques et une vague de fausses alertes qui ont surchargé la police ukrainienne. Des incidents similaires pourraient très bien survenir en Suède. Compte tenu des possibilités hostiles qu'offre l'intelligence artificielle, il est crucial de développer la capacité à déterminer rapidement l'authenticité des alertes. Cela nécessite des investissements dans les technologies de vérification des alertes et la formation du personnel des centres de contact et des centres de commandement de la police, afin de renforcer leur connaissance des menaces hybrides, y compris ce mode opératoire. Des systèmes basés sur l'intelligence artificielle peuvent être utilisés pour analyser les données d'alerte en temps réel, identifier des schémas indiquant de fausses alertes et empêcher que ces alertes ne drainent les ressources de la police. En se préparant aux fausses alertes et en développant des méthodes pour les gérer, la police peut réduire la charge potentielle future pesant sur ses ressources. Il importe en outre de promouvoir une culture de préparation et de formation continues, dans laquelle le personnel est régulièrement entraîné à identifier les menaces hybrides et à y réagir.

Pour faire face aux menaces susceptibles de survenir avant une agression armée, la Suède, y compris la Police nationale (Polismyndigheten), doit renforcer sa préparation. La police doit développer sa capacité à coordonner ses interventions avec d'autres autorités et organisations privées. Cela requiert des structures de coopération robustes et des exercices réguliers afin de garantir une réponse efficace. Il est en outre essentiel que le personnel de police prenne conscience de la menace et de son rôle dans une telle situation. Investir dans ces mesures peut coûter du temps et de l'argent, mais il s'agit d'un investissement nécessaire pour notre sécurité. Ne pas nous y préparer pourrait entraîner des coûts bien plus élevés à l'avenir.

Patrik Thunholm Policier, officier de réserve et auteur