Swedish Policy Games est une compétition nationale ouverte aux étudiants, où les participants sont confrontés à la tâche de simuler une véritable prise de décision en matière de politique étrangère et de sécurité. Le jour de la compétition, dix équipes étudiantes se réunissent pour analyser ensemble un scénario donné. Chaque équipe élabore des recommandations politiques concrètes qui sont ensuite présentées devant un jury composé d'experts du domaine.
« La compétition a rassemblé des observateurs et des représentants notamment des Forces armées suédoises, des attachés de défense internationaux ainsi que le ministre chargé de la Défense civile, Carl-Oskar Bohlin. L'espoir est que les participants quittent les jeux avec une forte volonté de continuer à s'engager sur les questions liées à la sécurité future de la Suède et de l'Europe », déclare Gustav Christensson, analyste chez Consillio International et cofondateur de Swedish Policy Games.
Parmi les membres du jury figurait le général de division Karlis Neretnieks. Au cours d'une longue carrière au sein des Forces armées suédoises, il a notamment été chef de brigade, directeur des opérations au sein de l'ancien Commandement militaire central (Militärområde Mitt) et conseiller en défense totale pour l'Europe centrale et orientale au ministère de la Défense. Il est membre de l'Académie royale suédoise des sciences militaires (Kungliga Krigsvetenskapsakademien) et a également été recteur du Collège de défense suédois (Försvarshögskolan). Pendant une pause déjeuner, NDS a eu l'occasion d'interviewer M. Neretnieks.
Moins d'une heure avant l'interview, le ministre suédois chargé de la Défense civile, Carl-Oskar Bohlin, avait prononcé un discours dans l'auditorium du Collège de défense. Le discours et la discussion qui a suivi ont largement porté sur la préparation de la Suède et sur la manière dont le pays doit gérer la transformation actuellement en cours, tant dans la préparation civile que militaire. Selon M. Neretnieks, cette attention portée à la préparation est bienvenue et pertinente : la préparation de la Suède en 2026 est loin d'être suffisante.
« La préparation est insuffisante, il faut bien le constater. Le travail a certes démarré à grande échelle dans les municipalités et les autorités, mais il faut du temps avant d'obtenir des résultats concrets. C'est le cas par exemple pour la remise en état des abris antiaériens », dit-il.
M. Neretnieks porte également son regard sur l'Ukraine, où les infrastructures civiles et militaires sont systématiquement attaquées par la Russie. Le fait que le gouvernement suédois ait annoncé au printemps un investissement de plusieurs milliards dans la défense aérienne suédoise est donc, selon lui, bienvenu.
« Il vaut mieux protéger les infrastructures que les réparer, et l'investissement du gouvernement est certainement nécessaire. Mais la question est de savoir quand ces investissements seront prêts. Je pense que nous sommes sur la bonne voie, mais il y a un problème de calendrier », dit-il.
M. Neretnieks poursuit :
« Cette question de calendrier dépend en grande partie de ce qui se passe en Ukraine. Si les Russes peuvent libérer des ressources de l'Ukraine, c'est-à-dire en cas de cessez-le-feu ou de situation similaire, alors la menace augmentera considérablement dans la mer Baltique et vis-à-vis des pays baltes », dit-il.
Dans une chronique publiée dans Officerstidningen, M. Neretnieks a évoqué le moment où la Russie aura la capacité de mener une opération à grande échelle contre l'Occident. Certains partagent l'avis de M. Neretnieks selon lequel cette capacité pourrait exister à peine un an après la fin de la guerre en Ukraine. D'autres analystes estiment que la Russie pourrait avoir besoin de davantage de temps.
C'est un calendrier plutôt incertain. Pouvons-nous être sûrs que la Russie partage notre vision du moment où elle sera prête ?
« La question du calendrier constitue une grande incertitude. Il existe un facteur très important que nous oublions souvent de prendre en compte. Il n'est pas du tout certain que les Russes aient la même conception que nous de ce qu'est une unité opérationnelle. Je suppose que notre conception d'une unité opérationnelle, aux yeux des Russes et des Ukrainiens, correspond à une sorte de produit de luxe extrême, embelli à tous égards. »
M. Neretnieks estime que la Russie et l'Ukraine combattent aujourd'hui avec des rapports de force et des niveaux de qualité en matière de soins médicaux et de maintenance totalement différents de ce qui est standard en Occident. L'Occident risque donc également de se tromper lui-même lorsqu'il évalue la capacité de la Russie à créer de nouvelles unités.
« Nous avons tout simplement des perceptions différentes de la réalité concernant ce qu'est une unité utilisable et à quoi elle doit ressembler », dit-il.
Il estime plutôt qu'un facteur déterminant réside dans le fait de savoir si la Russie considère qu'il est possible de mener une guerre sans impliquer les États-Unis et d'autres acteurs, la possibilité de mener une opération rapide sans déclencher une guerre mondiale, plutôt que la qualité des unités sur le papier.
« Ce que nous observons actuellement avec Trump et l'attitude des États-Unis est extrêmement préoccupant, et constitue un aspect sécuritaire absolument déterminant. Nous pouvons penser ce que nous voulons et écrire autant de thèses que nous le souhaitons à ce sujet, mais que pensent les hommes du Kremlin et quelle est leur interprétation des États-Unis ? Plus ils considèrent que les États-Unis sont déconnectés de l'Europe, plus le risque d'aventures militaires venues de l'Est augmente », déclare M. Neretnieks.
Durant la seconde moitié du XXe siècle, la préparation de la Suède était relativement forte, et la nature de la guerre plus prévisible. Est-il plus difficile aujourd'hui de se préparer à ce à quoi ressemblera une guerre conventionnelle ?
« Oui, il est clair que la nature de la guerre a changé. La guerre de demain n'est pas la même que celle à laquelle nous nous préparions pendant la Guerre froide. Il existe une vérité historique constante, à savoir que la guerre ne se déroule jamais comme prévu », dit-il en donnant des exemples :
« Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, guerre du Vietnam, guerre d'Irak. Nous observons le même schéma dans toutes ces guerres. Il se produit toujours quelque chose de différent de ce que l'on avait prévu, dans une plus ou moins grande mesure », déclare M. Neretnieks.
Il estime néanmoins que certains éléments subsisteront, même sous des formes différentes. Les ponts devront encore être réparés à l'avenir, même si c'est un missile de croisière et non un bombardier qui les a détruits. Le développement des drones a toutefois apporté une dimension entièrement nouvelle, qu'il s'agisse des drones aériens, mais aussi terrestres et maritimes.
« Nous n'avons pas encore les réponses à cela. Il existe des réponses partielles et des théories. Mais ce n'est que lorsque nous aurons nous-mêmes acquis ce matériel et que nous nous serons entraînés avec à une échelle assez large que nous aurons une idée de la façon dont nous devrons mener la prochaine guerre », dit-il avant de poursuivre :
« Aujourd'hui, la connaissance approfondie nécessaire fait défaut au niveau des unités sur le terrain. Ce sont les unités qui combattent, pas l'Agence suédoise de recherche pour la défense (FOI) ni l'Administration suédoise du matériel de défense (FMV). Ce sont des autorités compétentes pour élaborer des méthodes intelligentes et acquérir du matériel, mais c'est au niveau des unités que les méthodes doivent être appliquées et le matériel utilisé. »
Il estime que l'élément le plus important de la formation des officiers n'est pas la capacité à élaborer des théories, mais le développement de la capacité de décision de l'officier, afin de pouvoir gérer avec vigueur et imagination les situations qui surviennent au combat, ou dans d'autres activités liées au combat.
« Nous avons besoin de plus de doers (hommes d'action) que de philosophes », dit-il.
Si l'on regarde de l'autre côté de la mer Baltique, vers la Finlande et les pays baltes, ont-ils selon vous plus de doers que de philosophes ?
« Oui et non. La Finlande n'est jamais tombée dans le même piège que nous, à savoir l'idée que la Suède serait le mieux défendue en Afghanistan et que les missions internationales devraient être la seule mission des Forces armées.
« La Finlande a maintenu que la défense du pays était la mission principale et que le reste était secondaire. C'est pourquoi elle a conservé une structure et une réflexion liées à la défense territoriale, ce que nous essayons maintenant de reconstruire », dit-il.
M. Neretnieks aborde également les pays baltes et souligne le fait que ces trois pays ont entamé leur parcours bien après leurs voisins nordiques. Ni l'Estonie, ni la Lettonie, ni la Lituanie ne disposaient de forces armées lorsque le mur est tombé, ce qui signifie qu'une grande partie du travail a dû être entrepris à partir de zéro.
« Ils construisent et investissent sans retenue, dans le bon sens du terme. Aucun pays ne consacre une part aussi importante de son PIB à la défense que les pays baltes et la Pologne. Dans le même temps, ils ont une population réduite et une économie limitée. Donc, quel que soit l'effort qu'ils déploient eux-mêmes, cela ne suffira jamais à se défendre contre la Russie. C'est tout simplement impossible », dit-il.
La question principale devient alors, selon M. Neretnieks, de savoir comment les pays nordiques, avec d'autres alliés, pourront contribuer à la défense des pays baltes. Il estime que la principale contribution de la Suède à la dissuasion régionale réside précisément dans cela : contribuer à la défense des pays baltes.
« Si l'on parle de dissuasion sérieuse, nous devrions prévoir de participer avec plusieurs brigades dans les pays baltes. Elles n'ont pas besoin d'être présentes sur place, mais il doit être très clair pour les Russes que s'ils font quoi que ce soit dans les pays baltes, la Suède réagira. Il en va de même pour les Danois, ainsi que pour les Britanniques et les Français », dit-il.
M. Neretnieks soulève un parallèle largement débattu par les historiens : Staline aurait-il attaqué la Finlande en 1939 s'il avait su que cela impliquerait également une guerre contre la Suède ?
« Nous ne le savons pas, mais l'idée est assez intéressante. La Russie attaquerait-elle l'un des pays baltes si elle savait que cela impliquerait automatiquement un combat également contre des unités suédoises, danoises et britanniques ? »
Peut-être Staline espérait-il que l'Europe serait suffisamment faible et divisée pour ne pas venir à la rescousse ?
« C'est possible, et c'est précisément pour cette raison que la dissuasion dans les pays baltes devient si importante pour nous », conclut Karlis Neretnieks.

